Dieppe – Major Herménégilde Dussault

HOMMAGE RENDU À UN SURVIVANT DE DIEPPE  LE MAJ (RET.) HERMÉNÉGILDE DUSSAULT  MEMBRE DE LA SUCCURSALE
MAJOR-GÉNÉRAL ALAIN R. FORAND, DE L’A.C.V.F.P.N.U.
Article par Florent Tremblay maj. Educ. ret, PhD

Maj. (Ret.) H. Dussault,
Saint-Jean-sur-Richelieu, QC, 2006

C’était le 17 août 2006 ! À l’École de leadership et de Recrues des Forces canadiennes, Garnison St-Jean, on profitait d’une importante promotion d’élèves-officiers pour souligner le 64e anniversaire du débarquement de Dieppe en honorant la présence parmi nous de l’un des survivants de cette opération militaire dramatiquement manquée, l’Opération Jubilee du 19 août 1942.

Pour tous les Élèves-officiers sur cette parade de fin de cours, comme pour ceux qui formaient l’assistance : les Vétérans, les parents et les amis, c’était comme si nous étions au 17 août 1942 ! 5000 jeunes soldats canadiens, de l’âge des Élèves-officiers sur la parade, venaient de pdussault-sergentasser leur dernière année en Angleterre à préparer une attaque contre les Allemands qui avaient envahi la France et qui contrôlaient toute l’Europe continentale. Et ce jour-là du 17 août 1942, ils venaient de recevoir l’ordre de se préparer, de mettre leurs équipements en ordre et de se tenir prêts pour une opération militaire qui quitterait la côte anglaise le lendemain, dans la nuit du 18 août, afin des surprendre l’ennemi  retranché sur les falaises de la France, plus précisément à Dieppe.   Avec  nos 5000 jeunes Canadiens, il y avait aussi un millier de commandos britanniques et 50 Rangers américains.

Dans la nuit du 18 août, on quitta donc les côtes anglaises pour entreprendre la longue traversée de la Manche qui mènerait nos soldats jusqu’en France. La flottille qui transportait les Fusiliers Mont-Royal, le Régiment de Monsieur Dussault membre de la Succursale Major-Général Alain R. Forand de                   l’Association canadienne des vétérans des Forces de paix des Nations Unies (A.C.V.F.P.N.U.), se trouvait au centre de l’expédition. À leur gauche se trouvait celle transportant le Royal Regiment of Canada. Un peu en avant, on distinguait celles de l’Essex Scottish de Windsor, de l’infanterie légère de Hamilton et des chars d’assaut de Calgary. À leur droite, d’autres bateaux transportaient le Régiment de Saskatchewan et les Cameron Highlanders de Winnipeg. Cette armada improvisée, glissait silencieusement au fil de l’eau dans le calme de la nuit en mer.

 Au petit matin du 19 août 1942, alors que les alliés croyaient préparer une attaque-surprise de taille, les hommes du 3e Commando qui occupaient vingt-sept péniches, peniches-dieppefirent en s’approchant silencieusement de la côte, la mauvaise rencontre d’un petit convoi allemand qui croisait dans les mêmes eaux à l’est de Dieppe; ce fut l’alerte et du même coup, l’effet de surprise recherché s’évanouissait. On décida quand même d’attaquer. La plage était étroite et ceux qui venaient de débarquer se trouvèrent immobilisés dans les galets où les pieds s’enfonçaient à chaque pas. Du même coup, ils se trouvaient exposés au feu nourri de l’ennemi juché sur les falaises escarpées et qui n’attendaient que le bon moment pour tirer. Nos braves furent accueillis par un feu nourri de mitrailleuses allemandes. Du total de nos hommes, 907 furent tués instantanément.

plage-dieppeLa compagnie « A » des Fusiliers Mont-Royal faisait face à la falaise, à l’ouest de Dieppe, sur une petite plage rocailleuse fermée par des escarpements rocheux absolument impossibles à escalader. Son Sergent-major était nul autre que « notre » Monsieur Dussault, Avec près de 2000 de ses compagnons d’armes, prisonniers de guerre, il allait passer les trois années suivantes dans des camps de concentration nazis. Dès leur arrivée dans ces camps, ce fut la surprise; tous les prisonniers capturés à Dieppe furent enchaînés.  Ppow-dieppeensez un peu à tout ce qu’on ne peut pas faire lorsque nos deux mains sont liées ensemble; supplice qui fut maintenu pendant treize (13) mois! Parqués par groupes de 125 prisonniers dans de longs baraquements, ces prisonniers couchaient sur des lits de bois, en rangées de quatre, superposés sur trois étages. On leur a remis une paillasse et une couverture qui n’ont jamais été changées pendant les trois années de l’internement. Est-il surprenant que les POW’s aient été infestés de poux?…

Dès 06 heures de chaque matin, c’était le réveil et tous les prisonniers devaient sortir, s’aligner le long des camps pour permettre au sous-officier allemand de « faire le compte ». Le même phénomène se répétait à 17 heures, après les travaux de la journée. Le soir, on verrouillait les portes à 20heures et stalag-8bon les ouvrait le lendemain au réveil. Les occupations de la journée étaient le travail dans les fermes, les mines ou des chantiers. Ceux qui ne travaillaient pas, dépendaient en grande partie de la Croix Rouge qui passait dans le camp et remettait aux prisonniers des jeux de cartes, des balles pour jouer au softball, des ballons de soccer ce qui permettait de former des équipes. Mais la Croix Rouge distribuait aussi des cigarettes qui, à l’occasion pouvaient servir de monnaie d’échange pour obtenir les faveurs des geôliers allemands.

 Quel genre de faveurs? Être autorisé à enlever les chaînes, être autorisé à porter les habits militaires que fournissait la Croix Rouge, le battle dress en hiver et les bermuda shorts en été; pdussault-stalag-2douvoir utiliser la radio sans fils qu’avaient réussi à fabriquer les aviateurs avec des morceaux récupérés des Allemands.
Et la nourriture? Le matin, les prisonniers recevaient du thé; le midi, on leur servait un bol de soupe et une pomme de terre; le soir, ils recevaient un morceau de pain et un morceau de saucisson. Ils restaient constamment dans leur baraque et mangeaient au pied de leurs lits sur des bancs de bois.
Un jour, Monsieur Dussault, fatigué de cette vie d’internement, a essayé de s’enfuir après une journée de travail en forêt mais au bout de trois jours on l’a rattrapé et condamné au « trou » (le cachot) pendant sept jours, au pain et à l’eau. En fait, il était impossible de s’évader; où voulez-vous qu’ils aillent?… les évadés étaient immanquablement repris.

 LES CONSÉQUENCES DE CE RAID MANQUÉ

Parc Dieppe-Canada
L’ensemble de la population canadienne se demande encore, aujourd’hui, à quoi ce raid-suicide a bien pu servir! Les autorités tant militaires que politiques de l’époque s’entendent pour dire que cet « essai » d’invasion était nécessaire comme préparation au grand débarquement du Jour J qui devait prendre place deux ans plus tard, en Normandie. Mais ce terrible échec du matin du 19 août 1942 continue à faire mal.

En gros, on peut dire que, de nos 5000 participants canadiens, un millier sont morts sur la plage dans les minutes qui ont suivi leur débarquement etparc-dieppe-canada deux fois autant furent faits prisonniers et passèrent le reste de la guerre dans des camps nazis, les « stalag ». Leur sacrifice à eux tous, et en particulier, celui de Monsieur Dussault, n’a pas été perdu!

En France, près de la plage de ce débarquement raté, dans un petit parc nommé Dieppe-Canada, un monument rappelle à tous les passants le souvenir de nos vaillants Canadiens. Mais le rappel de cette action militaire canadienne nous émeut et force en nous l’admiration pour ces hommes, nos devanciers qui, comme Monsieur Dussault, n’ont pas hésité à faire des sacrifices invraisemblables pour apporter la paix à des nations humiliées.

plaque-dieppe

Puisse leur sacrifice ne pas avoir été vain!

C’est précisément ce sacrifice que tous les Élèves-officiers de la Promotion du 17 août 2006 ont voulu honorer en la personne du Major retraité Herménégilde Dussault, OMM, EM, CD.
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